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David Henry avec Pierrot, un parisien qui na pas de problème quon lui prend en photo. photo par Céline Vielcanet. |
Je prends des photos des gens en train de interagir ou en conflit. Je trouve mes sujets dans les endroits publics: foires, foules à lheure de pointe, transports en commun, et jardins publics. Ma photo idéale encadre une action, un instant décisif qui se joue sur scène. Elle capture lélément qui transforme subitement le plus banal des moments en quelque chose dextraordinaire, quelque peu transcendantal, mais encore agréable à regarder. Je suis toujours à la recherche dironie, dramatique et visuelle.
Depuis le milieu des années 1980 je prenais des photographies des personnes sans domicile fixe. Pour moi, la vie quotidienne de ces personnes est emblématique du changement des murs politiques et sociales aux États-Unis il y a 25 ans et continuent aujourdhui. Mes photographies sont une forme de biographie, qui racontent des histoires de ces derniers et les vies dautres. Les réactions de ceux qui regardent mes photos varient considérablement entre le choc, démenti, révulsion, curiosité morbide, amusement.
En tout cas, mes images demandent à ceux qui regardent de sidentifier avec et reconnaître des gens quils auraient autrement ignorés. Je me suis installé à Paris en septembre 1996, un déménagement qui a naturellement changé ma façon de prendre des photos.
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| Des gens dans le Métro. |
Quand il y a une scène que je veux photographier sans influer sur ce qui est en train de se passer là, je garde lappareil-photo au niveau de la ceinture et je ne regarde pas dans le viseur. Si la scène est particulièrement sensible, je ne regarde même pas le sujet, ou je ne me tourne même pas vers eux. En ce mode, la photographie devient une activité viscérale. Mes mains et avant-bras, ensemble avec lappareil-photo et le reste de mon corps, deviennent le viseur, un autre genre de vision périphérique, une autre paire d«yeux.» Les photographies issues de ce travail ont une fraîcheur, un physicalité. Elles sont prises plutôt de cur, et non pas par les yeux.
Javais pris des photos de cette manière (quand loccasion le demande) pendant plus dune décennie. Javais pris lhabitude de basculer dans cette mode au moment quand cela nuirerait à la photo de mettre un appareil devant le visage, et javais eu lhabitude dobtenir les résultats désirés. De visite à Paris pendant dix jours au printemps de 1996, jai utilisé mes techniques habituelles pour prendre les photos naturelles. De retour à Boston, dans le Massachusetts, jai développé mes photos et ai constaté que presque tous les sujets desquelles je voulais prendre des photos naturelles étaient en fait tout à fait au courant que je les photographiait. Dans ces images les gens regardent calmement, directement dans lobjectif. Peu habitué à ce genre de résultats, jétais dabord déçu. Mais, quand jai montré cette collection plus tard, les gens les ont trouvés impressionnants voir surprenants dans la franchise des sujets.
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Un groupe de CRS devant une foule duniversitaires de Jussieu qui manifestaient contre la contamination damiante dans leurs bâtiments scolaires. |
Cette expérience ma fait demandée pourquoi les Parisiens sont tellement plus sensible aux appareil-photo, que ne sont pas les Américains que jai photographiés. Cette différence pourrait-elle être due à linfluence dominante de la télévision dans la culture américaine et la façon passive de «regarder» qui encourage les heures passées devant la télé? Je me demande, aussi, pourquoi les Américains deviennent craintifs et timide quand ils se rendent compte quils sont photographiés, tandis que les Parisiens que jai vu navaient pas peur et étaient désinvoltes comme sujets.
Les Français voient-ils la photographie comme activité créatrice, tandis que les Américains considèrent la photographie comme une façon de saccaparer de quelque choseun moment, un événement, un visage, un corps? (après tout, en anglais sa photo est toujours «prise» tandis quen français parfois lon se photographier.)
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